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Trois financiers basés en Suisse lourdement condamnés pour délit d'initié en réseau

  • il y a 4 heures
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Le 13 avril 2026, le Tribunal correctionnel de Paris a condamné trois personnes pour délits d’initiés et complicité. Elles risquent jusqu’à trois ans de prison et 30 millions d’euros d’amende. C’est la première fois que l’Autorité des marchés financiers se constitue partie civile dans une affaire de réseaux d’initiés.


La 32ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris a condamné trois personnes pour utilisation illégale d’informations privilégiées concernant l’OPA d’Air Liquide sur Airgas. Des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 3 ans et des amendes jusqu’à 30 millions d’euros ont été prononcées. L’AMF, constituée partie civile, a contribué à l’enquête et a été indemnisée pour frais de procédure. Lucien Selce, un trader de 62 ans, a écopé de l’amende la plus lourde jamais prononcée pour délit d’initié, soit trois fois la plus-value estimée à 10 millions d’euros qu’il a réalisée. Il avait eu accès à des informations privilégiées concernant le projet de rachat du géant américain des gaz industriels Airgas par le groupe français Air Liquide pour la somme colossale de 12,5 milliards d’euros. Cette information a également permis à Alexis Kuperfis, un financier de 45 ans, d’empocher plus de 4 millions d’euros en novembre 2015. Kuperfis a été condamné à un an de prison et à une amende de 13 millions d’euros. Son gestionnaire de fortune, Thierry Braha, reconnu coupable de complicité, a été condamné à dix mois de prison et à une amende de 150 000 euros.


Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l'AMF : « Ces premières sanctions montrent la capacité des autorités françaises à lutter pour la préservation de l’intégrité de la Place de Paris, mais aussi la nécessité de renforcer les outils juridiques de l’AMF pour mieux lutter contre ces activités illicites. L’an dernier, à l’occasion de la présentation de notre rapport annuel devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, j’avais évoqué plusieurs mesures susceptibles de permettre à l’AMF de renforcer l’efficacité de ses actions répressives. Depuis, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale par le député Daniel Labaronne en septembre 2025. Nous appelons de nos vœux sa programmation le plus rapidement possible dans l’agenda parlementaire. »


La procureure : « Le PNF a voulu envoyer un signal que la coopération peut payer »


Le président du tribunal, Gérald Bégranger, les a qualifiés de « délinquants d’habitude » et a souligné leurs tentatives infructueuses de dissimulation, révélées par des écoutes téléphoniques. Stéphane Fima, ancien chargé d’affaires de la Société Générale, surnommé "l’écrivain", a informé Thomas Seligman, "le coiffeur", gestionnaire de société, du rachat confidentiel, enregistré sous le nom de code "Sangria". L’annonce du rachat du géant américain des gaz industriels avait suscité enthousiasme et fierté chez les financiers, comme en témoignent des extraits de conversations téléphoniques.  Ces écoutes ont poussé quatre des sept mis en cause à plaider coupable lors d’une CRPC, où ils ont été condamnés à des amendes pouvant atteindre 10 millions d’euros (dont 5 avec sursis) et à un an de prison ferme. La procureure a insisté sur le fait que la coopération pouvait être récompensée et a réclamé des peines plus sévères pour les trois prévenus ayant refusé de plaider coupable. Lucien Selce a déclaré ne pas avoir pris au sérieux le "tuyau" du coiffeur, qu’il jugeait "pas très structuré". Il lui a demandé d’être vigilant, sachant qu’il était surveillé par les autorités financières, lors d’un transfert d’argent qualifié de blanchiment. Le coiffeur a aussi demandé à Lucien Selce d’avertir Alexis Kuperfis, surnommé "Cowboy", qui avait acheté 110’000 titres Airgas avant l’annonce du rachat. Le tribunal n’a pas été convaincu par les arguments des prévenus basés sur les rumeurs de marché, ni par les explications de M. Selce, qui "lit les cours de la Bourse comme on lit dans les lignes de la main", selon la procureure, qui a dénoncé le sentiment d’impunité des financiers.


Deux d’entre eux font l’objet de mandats d’arrêt en raison de leur résidence en Suisse.

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